Publié le 23 Oct 2015 | 9 commentaires

Chère Mme COLIN,

ou plutôt très chère Huguette (puisque vous m’avez dit que tout le monde vous appelle ainsi, je me permets de commencer cette lettre de cette façon), comme je vous l’ai promis je vous écris pour vous tenir au courant. Et Vous REMERCIER encore. & vous dire que je vous comprends encore plus que ce que je vous ai dit les yeux dans les yeux mardi.

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Quand nous sommes arrivés, mon amoureux et moi devant votre maison, votre fille Caroline m’a dit tout de suite combien vous étiez bouleversée. Elle m’a dit que ça n’allait pas être facile et que vous étiez en colère qu’elle nous ai fait venir. Qu’elle n’était pas contente car je ne suis pas un VRAI imprimeur et que c’était aberrant que nous ayons fait tout ce chemin sans savoir ce que nous venions exactement chercher. Que j’aurais du me renseigner avant, vous appeler pour en parler.

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Quand nous avons passé le portail de votre MAISON. Mais je devrais dire votre  petit PARADIS? La Maison de mes rêves si elle se trouvait à Nancy? Je vous ai vu, toute petite dans votre tricot violet. Un air fermé. Le bord des yeux rougis. Je vous ai serré la main et vous m’avez tout de suite dit et montré combien vous ne vouliez pas de moi ici.

Et COMME JE VOUS COMPRENDS. Je vous comprends vous. Je comprends aussi votre fille. Je commence je crois, à comprendre les choses qui se jouent quand on vieillit. Vous avez 92 ans. Bientôt 93 ans. Ma grand-mère paternelle a votre âge et tout comme vous elle vit encore dans sa maison. Conduit sa voiture et ne vit grâce à aucune aide d’aucune sorte. Me laisser entrer dans l’atelier de votre mari c’était accepter de laisser aller une partie de votre vie. Une partie du matériel qui l’avait accompagné toute la sienne. C’était accepter l’idée qu’il faut lâcher un peu de ce qui fait ce que vous êtes. C’est votre fille qui m’a contacté pour me dire que ce matériel était stocké depuis plus de 30 ans dans votre maison à secondaire. Et qu’elle en avait aussi une partie chez elle. Votre mari Charles Colin avait une imprimerie dans le 17ème arrondissement de Paris. Vous avez travaillé gratuitement avec lui toute votre vie comme vous me l’avez dit. C’était comme ça, à votre époque. Vous m’avez dit que j’aurais du vous téléphoner avant de venir. Mais j’ai cru deviner que si je l’avais fait, vous ne m’auriez à aucun moment encouragé à venir chercher ce matériel. Je n’ai pu que vous répéter que ce matériel allait continuer son chemin. Que grâce à lui j’allais continuer à transmettre cette technique à des adultes, des enfants et à des grands adultes qui gardent bien au chaud un enfant et à des enfants qui raisonnent parfois plus justement que les grands. Et que grâce à ce matériel j’allais acquérir aux yeux des gens, plus de légitimité dans ce métier que je tente d’apprivoiser.

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Le matériel d’imprimerie se trouvait dans la pièce attenante au garage. Vous m’avez dit qu’à son départ en retraite votre mari avait déménagé son matériel dans cette pièce. Pendant un instant on s ‘est demandés comment il avait fait rentrer tout ça par la porte de taille standard? Vous m’avez dit ce que vous vouliez garder et dit de me débrouiller avec le reste. Votre fille vous a gentiment poussé dehors et nous avons commencé à retirer les tiroirs de casses un par un. A les empiler dans la cour de votre si jolie maison. Une fois les 36 casses du premier meuble retirées, on a pu le monter dans le camion et y remettre le meuble.

En cadeau BONUS le sourire d’un amoureux à qui j’ai dit MERCI. Parce que c’était lourd, fatiguant et compliqué. & que  moi je savais pourquoi je le faisais. Cet amoureux là,  il m’a répondu que lui aussi il savait pourquoi. Que c’était pour MOI.

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Ne croyez pas que je faisais ça,  sans scrupule. Et sans penser au fait que:

chaque tiroir de ce meuble racontait une histoire.

Votre histoire.

Je me suis dis qu’à votre place ça m’aurait sans doute révolté aussi. Quel que soit mon âge, je ne pense pas que j’accepterai un jour qu’on prenne des décisions pour moi, à ma place. Mais votre fille a fait ce choix de me donner ce matériel car elle sait qu’il sera utilisé encore de nombreuse années et transmis ensuite à quelqu’un qui en connaîtra la valeur historique plutôt que financière. Elle l’a fait pour vous, pour elle et pour moi. c’est un geste & un choix magnifique qu’elle a fait votre fille. Vous pouvez être fière de la façon dont vous l’avez élevée.

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PAR CHANCE un de vos amis est passé pendant que nous commencions à déménager les meubles d’imprimerie. Il était là quand votre mari à ramené le matériel ici la première fois. Et PAR CHANCE aussi la connexion Internet marchait ce jour là. Aussi il vous a montré mon travail sur Internet et a été conquis du coup, ça vous a vraiment radoucit. Il a dit qu’il passerait nous voir au Magasin de Mots. Comme ça il vous racontera comment tout est installé. Mais je vous enverrai des photos aussi.

Une fois tout le matériel chargé dans le camion on est allé faire le tour de votre jardin. Et là, je crois que c’est quasiment la première fois je me suis dit : Voilà exactement la MAISON de mes RÊVES. Tu sais LA MAISON à la Anna Gavalda. La maison avec une vie inscrite à l’intérieur. La maison de la grand-mère dans ENSEMBLE C’EST TOUT. Une maison qui raconte une histoire. Une maison avec un jardin POTAGER. J’y ai même découvert comment poussaient les artichauts. Et une variété de bettes multicolores! Une maison avec de grandes fenêtres Modern Style qui donnent sur le jardin que l’ont soit dans n’importe quelle pièce.

Quand je suis partie vous m’avez dit que si j’avais besoin de renseignements vous pourriez m’en donner. Et vous m’avez demandé de vous excuser. Mais de quoi? D’être attachée à ce matériel qui a servi toute sa vie à votre mari?

Et vous l’avez redit à votre fille. Que si j’avais besoin, vous vouliez bien me donner plus de renseignements. Plus d’informations sur lui.

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Et nous nous sommes rentrés à Nancy. Nous avons tout déchargé dans le Magasin de Mots. Grâce à Léa (le Lutin du magasin), Emilie et Mario qui passait par là, car il avait besoin de moi (mais finalement c’est moi qui avait besoin de lui).

Aujourd’hui j’ai enfin pu tout ranger et ré-organiser. Le Magasin aura changé quand tu reviendras.  Mais tu sais bien que l’essentiel lui est toujours là.

On ouvre à nouveau le 19 novembre à temps complet.

et on compte sur toi pour que cette année tu viennes choisir chez nous des objets qui sauront mettre des étoiles dans les yeux de ta famille et de tes amis et les ré-enchanter!!!