Publié le 2 Jan 2015 | 6 commentaires

Je préfère prévenir. J’ai mis du temps à l’écrire, tu vas mettre un peu de temps à la lire. On fait comme à chaque fois. Un moment de liberté. Une tasse de thé,

& je commence à raconter.

J’aurais pu faire une note BILAN. J’aurais pu aussi te souhaiter une BONNE ANNÉE. Mais on n’est pas des comptables. Nous nos bonnes résolutions, nous on s’y tient toute l’année. Et quand on ne s’y tient pas, c’est que c’est pour nous faire du bien à coup de chocolat. Alors on est super contentes d’avoir pu profiter de nos amis en cette belle soirée mais on ne va pas y revenir. Ton fil d’actualité Facebook doit bien y suffire.  Aujourd’hui j’avais envie qu’on parle DE BOITES. J’y ai pensé ce matin en rangeant les livres, dans mon travail de la vraie vie. Parce que c’est ça, la première tâche du matin d’un bibliothécaire. Ranger les livres que les gens ont ramené la veille. Un GRAND moment pour moi. Qui implique tout de même un peu de discipline. Imagine que tu demandes à un Fin Gourmet de mettre en vitrine tout une gamme de produit plus fins et raffinés les uns que les autres. Imagine ce qui se passerait? Alors donne moi des MOTS dans de jolis écrins.  A ranger.  Et tu pourras avoir une petite idée de la maîtrise de soi qu’il me faut mobiliser. Mais je déroge toujours à la règle. Je déroge AUX RÈGLES induites par mes collègues. Cette règle dit qu’on n’est pas là pour lire, on est là pour ranger.Et ce n’est même pas une plaisanterie. Pourtant j’aimerais. Je te raconterai un jour comment c’est d’être dans une Médiathèque et d’y travailler. BREF. Je picore quand même. Je vole quelques mots en passant. J’ouvre quelques premières pages, pour voir si l’auteur arrive à me captiver dés les premiers mots posés. Si je te parle de ça c’est parce que je note une tendance et une préférence dans les livres que je sélectionne en ce moment. Ce sont tous des histoires de Boîtes ou de Coffrets & aussi d’incursions dans le passé. Je ne les ai pas encore lu, mais je veux bien partager.Comme ça on pourra en discuter après. Ce matin , j’ai mis de côté:

Le cercle des femmes

 Je t’ai mis les liens. Si tu cliques sur les images tu pourras lire le résumé complet. Dans celui-ci, ce qui m’a arrêté c’est cette phrase sur la quatrième de couverture:

Ma main a tiré à elle une énième boîte à chaussures. J’ai soufflé la pellicule de poussière qui recouvrait son couvercle avant de le soulever.

J’aime les boîtes mais plus que l’objet j’aime les idées et les événements qu’elles peuvent provoquer. J’aime les petits & les grands événements momentanément assoupis et qui tout d’un coup, ressurgissent du passé pour nous éclairer. J’aime les drames enfouis. Les secrets. Les objets qui relient le présent et le passé.

le cabinet des merveilles de Mario PasaCelui-ci, c’est son titre qui m’a arrêté.  LE CABINET DES MERVEILLES, c’est encore plus joli à lire & à dire que LE CABINET DE CURIOSITÉS. Dans ce livre  je n’ai trouvé aucun résumé. Je vais essayé de te raconter. Il raconte l’histoire  d’un jeune homme qui part faire un tour d’Europe emportant avec lui un coffret délicatement ouvragé. Le coffret est constitué de tiroirs vides représentant chacun une grande ville d’Europe. Je l’ai pris pour voir de quelle manière il allait le remplir et de quel façon il allait lui donner vie tout au long de son voyage.

le cabinet des merveilles de monsieur wilson

Pour celui-ci c’est cette phrase là, qui m’a arrêté.

Il est l’oeuvre d’un personnage singulier qui y a rassemblé quelques-unes des bizarreries les plus extravagantes que l’homme ait pu produire ou trouver dans la nature : le premier chapitre d’un conte de Dickens inscrit sur une tête d’épingle ; la corne qui orna le front d’une matronne anglaise du XVIIe siècle ; une Crucifixion sculptée sur un noyau de fruit…

Voilà c’était pour te donner quelques idées de lecture, si toi aussi tu aimes les boîtes et leur secret. Et maintenant c’est un des miens, que je voudrais te faire partager. En 2011, l’année où j’ai fabriqué un bébé j’avais pris un rendez vous avec moi-même à la fin de l’année. Au mois de mars, elle est née. 9 mois après c’est moi qui renaissait. Faire un enfant c’est une des plus belles choses qu’on puisse fabriquer. De mon point de vue. Qui n’a de valeur que celle que tu lui accordes. Mais une fois ce projet essentiel réalisé, j’ai eu comme un moment de grand vide dans mon coeur et mes pensées. Je te le dis parce que quand j’ai posé la question autour de moi, j’ai eu l’impression d’être la seule à ressentir ce vide à combler une fois le bébé fait et en bonne santé. 9 mois après sa naissance, je partais à Bruges. Pour un voyage autour de la calligraphie. Pour des tas de raisons, ce voyage m’a bouleversé. Il est même à l’origine de mon projet. Mais ce qui est surtout arrivé, c’est que j’ai eu mon PREMIER CHOC ESTHÉTIQUE. Le saint Grââl. Ce truc, qui un peu comme l’orgasme avant que tu ne le connaisses semble être une légende urbaine. J’ai fait des études d’art. J’ai appris à analyser, à décortiquer, à discuter, à regarder. Mais avec tout ça, je n’ai pas appris à écouter ce que je ressentais. Une des étapes de ce voyage était l’atelier de Brody Neuen Schwander. Brody est le calligraphe qui a réalisé l’objet-livre & les calligraphies pour le film The Pillow Book.

The_Pillow_Book_poster

Brody nous a généreusement ouvert les portes de sa maison et de son atelier. Je sais cette note est un peu longue, mais il y a des histoires qui nécessitent qu’on leur consacre un peu de temps pour les raconter. Voici quelques photos de sa maison et de son atelier. Ca te permettra de situer.

Bruges 3

Bruges 5

Bruges 4

Brugges 1

Bruges 6

Bruges 2Ensuite il nous a emmené dans cette salle. Je te mets la photo de cette salle qui figure sur son blog, ainsi que le lien sur la note où il explique comment il y a mis à jour une fresque sublime.

HOUSE-WALL-PAINTINGS2-604x270De ce moment parfait, je n’ai pas de photos. Juste des souvenirs. Brody a réfléchi quelques secondes en se demandant ce qu’il pourrait nous montrer d’intéressant.Il a trouvé. Il est sorti de la pièce et il est revenu avec un coffret. Il nous a expliqué qu’il l’avait fabriqué à la fin d’une année d’enseignement auprès d’un grand maître calligraphe. C’est l’apanage des grands maîtres. Travailler avec eux, peut parfois avoir un impact fort sur la créativité au risque de s’y perdre. C’est pourquoi il a voulu fabriquer ce coffret. Ce coffret, ma mémoire l’a peut-être transformé. Mais je vais te la raconter tel qu’il y est rangé. C’était un coffret en cartonnage, recouvert de superpositions de papier de riz. Ce papier japonais très très fin. Ce coffret contenait des tiroirs. Et chaque tiroir contenait un rouleau. Chaque rouleau était fabriqué de superpositions très fines de feuille de riz. Sur ces rouleaux, Brody avait calligraphié des poèmes tirés d’un recueil dont je ne sais plus le nom. Les couleurs de papier utilisé pour chaque rouleau étaient en adéquation avec la saison évoquée dans le poème qui y était calligraphié.

Et là, tout d’un coup, mon cerveau s’est mis en veille. Mon coeur a pris toute la place. Tellement que ça m’a fait comme une grosse boule dans la gorge. Les larmes sont montées.  La beauté de ce coffret. La générosité de Brody qui nous le montrait. Sa simplicité et son humilité sincère d’avoir fabriqué un tel objet. Ce coffret et tout ce qu’il cachait et montrait ont crée l’instant parfait.

Voilà c’est mon histoire de coffret. En partie la raison qui m’a fait fabriquer ce métier. Du coup, je me demandais elle est comment toi, ta boîte à rêver?