En décidant de transformer mon Magasin de MOTS,

en ATELIER fermé aux autres êtres humains,

j’ai invité quelqu’un qui y venait assez peu.

Un viel ami.

Il a toujours été là, mais je l’ai trop négligé jusqu’ici.

C’est mon viel ami, le:

Souvent ce vieil ami, on ne fait pas très attention à lui.

Parce que contrairement aux autres, il ne fait pas de bruit.
Du coup, on le néglige souvent, au profit de ceux qui brassent du vent.
& puis petit à petit, quand on suit sa propre route, on laisse des gens sur le bord.

Des gens avec qui on n’est plus trop en accord.
Ceux qui faisait trop de bruit & qui se faisant, produisaient des interférences avec notre silence.
C’est ce que j’aime dans l’écrit. C’est tellement de trucs dit, mais sans un bruit.  & tu peux t’en emparer quand & si tu veux.

Rien n’est imposé.

Dans ce silence retrouvé, je choisis des MOTS à déguster. Je fais taire le Bruit du monde, qui même à la radio me paraît parfois immonde.

& j’écoute des HISTOIRES d’êtres HUMAINS. & ça fait du BIEN. ( Ce qui est paradoxal je te l’accorde. Mais à ce moment là, je choisis ce que j’écoute et surtout je peux éteindre quand il y a trop d’intensité où des choses que je ne suis pas en mesure d’écouter).

Hier, j’ai écouté ça:

J’ai rigolé toute seule à l’évocation d’un métier que j’aurais pu envisager: ermitte d’ornement.

Mais je me suis calmée rapidement, quand j’ai vu que ça impliquait d’être visitée par des milliers de gens & aussi l’histoire de se laisser pousser les ongles et la barbe, ça me dit moyennement. Alors j’ai eu envie d’écrire à ce viel ami, pour lui dire MERCI & lui parler un peu de lui. Ceci afin de lui montrer, que même si je l’ai parfois négligé, j’ai tout de même pris le temps de réfléchir à lui. & à ce qu’il m’a apporté, & m’apportera encore. Voici ce que je lui ai écrit.

 

Mon cher ami,

Si je t’écris aujourd’hui c’est pour te signifier à quel point j’ai pris conscience de tes qualités. Tu as toujours été là.

Même bien avant moi. Tu es la première chose que j’ai habitée, avant de crier pour dire que j’étais née, que j’existais et que je respirais.

Puis je t’ai brisé.

Depuis tu m’as accompagné. Tu es présent. Indubitablement. Mais comme l’espace dans une sculpture.

Ou la contre-forme dans une lettre calligraphiée. Tu fais exister ce qui est. Je te redécouvre petit à petit.

Maintenant que j’accélère le processus qui fera taire les bruits. & je me rends compte que tout discret que tu étais, tu es un ami exigeant une fois qu’on a décidé de te laisser prendre de l’ampleur.

Bien sûr tu n’as pas que des qualités. Mais en ce qui me concerne je suis prête à les accepter.

Te souviens-tu de toutes ces fois où on s’est côtoyé?

Ces fois où tu es présent, mais différent selon qui était là pour te goûter, où pour te générer.

Il y a les fois où tu es rare

Quand on passe du temps avec ces gens qui ont peur de toi. Ces gens qui sont effrayés à l’idée de se retrouver confronté à leur intuition & à leur pensée. Ils chantent, parlent, gigotent, tapotent sans arrêt.

Ils remplissent chaque espace qu’on laisse où tu pourrais te glisser. & pourtant paradoxalement, souvent cela va avec le fait de s’écouter soi en train de parler (mais pas ce qu’il y a dedans). L’autre n’étant qu’un inconvénient mineur qui vient interrompre le bruit incessant qu’ils produisent comme un ronron qu’ils font pour se rassurer.

Il y a les fois où tu es parlant

Tout à coup, tu apparais. & tu dis bien plus que si on parlait. Souvent dans ces moments-là, tu ne viens pas seul. Tu es accompagné d’un regard qui en dit long, sans avoir besoin de te briser. Je crois que cela fait partie de mes moments préférés.

Il y a les fois où tu es inexistant

Noyé dans un bruit permanent. & paradoxalement c’est le moment où l’on remarque le plus, l’intérêt qu’il y a à te faire exister.

Il y a les fois où tu es de mauvais augure

Parfois tu viens remplacer des MOTS qui devraient être dit. Mais ces MOTS-là, ne peuvent fonctionner que s’ils sont entendus.

& une des choses rares est d’être ECOUTER. ça nécessite d’avoir un COEUR OUVERT, donc de risquer qu’il soit brisé. Beaucoup préfère donc l’éviter.

Il y a les fois où tu es de qualité

Tu es doux, facile à installer. Tout seul, c’est la façon la plus simple d’y arriver. Mais là, où tu prends tout ton sens, c’est quand on est deux à te fabriquer.

& que personne n’a peur de te voir t’installer. Personne n’essaye de te faire sortir en ouvrant la télé, la radio ou un flux de parole sans intérêt.

Que tu es bon dans ces moment-là. Aussi bon qu’un goûter superflu,  mais désiré.

Il y a les fois où tu es gastronomique

Dans ces moment-là, il faut prendre le temps de te déguster. Souvent tu apparais ainsi, après avoir écouté des MOTS d’une GRANDE qualité. Tu es alors nécessaire pour laisser murir le goût des MOTS qu’on vient de savourer.

Il y a les fois où tu es indispensable

C’est tout le temps, en vrai. Car sans toi, la parole ne serait qu’un bruit continu dans lequel il serait impossible de distinguer un sens. Sans toi la musique ne pourrait pas exister.

Il y a les fois où tu es évocateur

Ces fois-là, les gens s’emparent de la place que tu offres comme si il n’y avait aucun sens à ta présence. Alors que s’ils prenaient le temps de s’interroger sur la personne qui se met à te fabriquer, ils pourraient sans doute en tirer beaucoup plus d’informations, que si elles se mettaient à parler. Mais ils sont rares ceux qui savent entendre ce que tu dis.

Il y a les fois où tu es habité

C’est dans ces moments où tu dois laisser place à autre chose. Ces moments par exemple, ou tu dois être là, pour qu’on puisse regarder.

Tu es la condition et le résultat du verbe EMERVEILLER.

Il y a les fois où tu es indicateur

Quand quelqu’un qui a l’habitude de dire ce qu’il ressent se tait, il ne faut pas le prendre comme la tempête en train de se calmer. Bien au contraire il s’agirait de comprendre que là, on en est arrivé à un point de non-retour. & qu’il va falloir continuer à avancer, mais plus comme avant. Il va falloir changer quelque chose pour te refaçonner, afin que tu sois à nouveau de qualité.

Il y a les fois où tu es nécessaire

Je n’ai pas assez dit à quel point tu es l’ami de ceux qui créent. On peut se faire croire qu’on a besoin de bruit, de fureur, de musique à toute heure. Moi je ne les crois pas & quand des fabricateurs revendiquent le fait de ne jamais te faire exister, d’avoir besoin de t’éradiquer, cela me fait le même effet que quand les gens m’expliquent qu’ils vivent sans lire. Je les crois, je comprends très bien qu’on puisse mener sa vie ainsi. Mais je trouve ça dommage de s’en priver.

Il y a les fois où tu es fécond

Une fois que tu es là. Bien installé. Confortable. De qualité, les idées arrivent et se mettent en mouvement. Comme un grand coup de vent. Tu fais tomber les feuilles mortes, pour dénuder l’arbre-de-ce-qu’on-crée. Puis tu les fais danser dans l’air, à ton grée. Tu laisses la possibilité aux idées de prendre leur teinte d’automne qui est quand même une des périodes les plus colorée de l’année. Puis petit à petit ces feuilles-idées vont se transformer en humus qui permettront de nourrir l’arbre-de-ce-qu’on-crée. & ainsi de suite au fil des années.

Il y a les fois où tu es personnel

& puis il y a toutes ces formes que je ne connais pas. Ces formes que tu prends avec d’autres. Mais quoi qu’il en soit, je reste persuadée de l’importance de te faire exister à un endroit dans ma vie.

& je fais la promesse, ICI & MAINTENANT que plus jamais je ne te manquerai de RESPECT.

Gaëlle (Nouvelle adepte de tes qualités)

 

 

PS: J’ai fabriqué cette carte, il y a longtemps. Dans un autre moment où j’ai eu besoin de le solliciter. Elle a très peu été achetée. Si ce n’est par des parents épuisés qui espérait qu’elle serve d’incantation, s’il la collait sur la porte de la chambre de leurs enfants. Ca fait partie de ses utilisations de mon travail que je n’avais pas envisagé. Si toute fois elle te parle (AH AH), elle est dispo sur ma boutique, tu n’as qu’à cliquer